Les bains thermaux de Rudas
Claudio
 
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Avant le départ
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Quand on vient à Budapest, un des passages obligés est de goûter durant quelques heures au plaisir des bains publics. Le jour où l'on est décidé à y aller, encore faut-il choisir dans lequel se rendre. Cela peut sembler difficile au départ, mais en étudiant bien les possibilités on se rend compte que celui-là est un peu trop cher pour sa bourse, que celui-ci est vraiment à l'autre bout de la ville, et que cet autre est réservé ce jour-là à celui des deux sexes qui n'est pas le vôtre. Et c'est ainsi que vous vous décidez pour les bains de Rudas, près de ce Pont Elisabeth que vous avez déjà franchi tant de fois depuis votre arrivée en ville.

A première vue, le bâtiment a l'air étrange. Coincé là, tout seul, entre la colline de la Citadelle et la route qui longe la rive droite du Danube, il n'a pas fière allure. Vous en faites le tour, pour trouver l'entrée, et vous tombez sur une fenêtre entrouverte qui vous permet de voir une partie du système de chauffage. Derrière, du côté de la colline, on est en train de charger dans un camion l'eau de la source mise en bouteille. Vous ne savez pas trop quoi penser de ce qui se dissimule dans ces murs défraîchis, mais l'entrée est enfin devant vous.

Le hall dans lequel vous pénétrez semble tout droit sorti d'une piscine ou d'un hôpital, du début du siècle ou peut-être des années cinquante, c'est difficile à dire, vous êtes désorienté. Après avoir réussi à se faire comprendre au guichet, vous franchissez une première porte où un homme, en échange de votre ticket, vous remet un rectangle de tissu blanc muni de deux cordons. Intrigué par la chose, vous trouvez une cabine libre pour vous changer. Lorsque vous en ressortez en maillot de bain, un autre homme, celui qui veille sur ces curieux vestiaires, vous regarde d'un air sévère : ici, vous fait-il comprendre par gestes, on ne porte pas ce genre de vêtements ; on masque ses attributs avec le tissu blanc, on garde les fesses nues, et il ne faut pas oublier ce troisième petit cordon qui permet d'attacher la clé de sa cabine. Vous retournez alors dans ladite cabine, l'air penaud, et vous n'en ressortez que correctement vêtu.

Après cela, le saint des saints n'est plus très loin, il ne reste qu'à prendre une douche, et c'est là que vous sentez pour la première fois l'odeur de soufre qui émane de l'eau de la source. Voilà, ça y est, les bains sont juste là, à droite...

Ce que l'on voit en premier, dans la lumière tamisée, c'est le bassin central. Un octogone chauffé à 36° et qui occupe la majeure partie de la salle carrée. Dans les côtés de ce carré, quatre petits bassins chauffés à 28, 30, 33 et 42°, dans lesquels il convient de passer pour monter ou descendre régulièrement en température, ou au contraire pour prendre des chocs thermiques. Dans chaque bassin coule avec ardeur une fontaine d'une température légèrement différente, et se placer dos à ces jets procure une agréable sensation de massage. Par certaines portes, on accède à des saunas, l'un qui va de 45 à 50°, l'autre de 50 à 70. L'air y est si humide que vous avez l'impression de respirer de l'eau, l'air si dense que vous discernez difficilement les traits de votre voisin. Il faut y respirer paisiblement, sereinement, sinon vous ne le supportez pas, et de toute façon vous ne savez plus si cette eau qui vous coule sur le corps est votre propre sueur ou la vapeur qui se condense sur votre peau trop froide.

Quant à cette fameuse lumière tamisée, elle est en partie due à quelques lanternes accrochées aux vieux murs de pierre, mais surtout à cette multitude de trous hexagonaux qui parsèment le dôme au-dessus du bassin central et laissent passer une fraction de la lumière du jour. Soudain, dans ces bains turcs qui datent du 16ème siècle, vous avez l'impression que le temps s'est arrêté. Les gestes sont les mêmes depuis des siècles, et peut-être y portait-on déjà ces morceaux de tissu qui cachent ce qu'ils peuvent de votre intimité. Ici, dans les bains de Rudas, on se détend. On se repose, on discute entre hommes, posément. Quand on repart, on est suivi par une légère odeur de soufre, on est suivi par une étrange impression qu'il y a des endroits qui ne changent pas, ou si peu, et qu'il y a aussi des plaisirs simples qui, à travers les époques, ne changent pas. Ou si peu.

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